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Réseaux sociaux et numérique : quelques repères avec Vanessa Lalo, psychologue

Publié le : jeudi 8 juin 2017

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Vanessa Lalo est psychologue clinicienne, spécialisée dans le numérique. Elle accompagne depuis 2012 « Les promeneurs du net », une initiative de la Suède, expérimentée par la CAF de la Manche en France puis portée par la CNAF pour son déploiement national, pour que des professionnels entrent en relation avec les jeunes sur Internet et les réseaux sociaux et ainsi les accompagner. Dans le cadre de la mise en place « Des promeneurs du Net » dans le Finistère, Vanessa Lalo a donné plusieurs conférences sur « Les usages numériques des jeunes : une société en mutation. Impacts et enjeux sociétaux ». Parmi ce qu’elle a pu présenter quant aux pratiques, voici quelques points que nous avons retenus et qui nous concernent tous.

C’est un fait : les jeunes passent du temps devant leurs écrans. De 7 à 12 ans, c’est une moyenne de 5h par semaine à surfer sur Internet, 9h50 à regarder la télévision et 4h50 à jouer à des jeux vidéos. Entre 13 et 19 ans, ils surfent sur la toile 11h45 par semaine, regardent la télé 10h25 et jouent aux jeux vidéos 7h15. Toutefois, ces temps d’exposition aux écrans ne sont pas à additionner ! Il apparaît que les jeunes sont multi-écrans et multitâches. Plus on a commencé à utiliser le numérique tôt – c’est le cas des digital natives – et plus on est capable de faire plusieurs choses à la fois en matière d’écrans. Aussi, les jeunes aujourd’hui regardent la télévision, tout en suivant leur compte Snapchat et en poursuivant leur quête dans leur jeu préféré…

Ce qui compte c’est la qualité de ce qu’ils regardent
En réalité ce n’est pas le nombre d’heures passées devant les écrans qui est important mais la qualité de ce qui est consommé… Les enfants utilisent finalement moins d’écrans que les adultes (ordinateurs au travail, à la maison, smartphone, télévision…). Un jeune peut aussi bien passer des heures à regarder des vidéos de chats tomber que faire ses devoirs, aiguiser sa curiosité, développer ses connaissances ou encore participer à des projets collaboratifs.
Le plus important c’est de savoir "où" sont les enfants dans la rue numérique. De la même manière que l’on se préoccupe de savoir où est son enfant dans la rue, il est essentiel que les parents soient informés de ce que font leurs enfants sur Internet, où ils sont, avec qui et quelles sont leurs pratiques.
C’est la seule manière de proposer une continuité éducative et de poser des cadres cohérents aux jeunes.

On peut se déconnecter – redonner une part à l’ennui
Autre constat, certains jeunes surfent la nuit. Certains se relèvent de peur de rater une information - le FOMO, acronyme signifiant fear of missing out La peur de manquer quelque chose.
La question devient alors : Pourquoi cela se passe ? Pourquoi un petit enfant a un téléphone ? Quel malaise s’exprime à travers un enfant qui se relève la nuit ? Il est donc primordial d’avoir connaissance des pratiques de son enfant afin de l’aider au mieux à se construire avec les outils numériques et l’aider à mettre des limites pertinentes.

Avec Internet et le numérique, une nouvelle temporalité s’est mise en place. On est dans l’illimité et l’immédiateté, une disponibilité 7 jours sur 7… L’ennui n’existe plus. Dès que l’on s’ennuie, on a notre portable et le réflexe de sortir nos téléphones (les doudous numériques).
Or, l’ennui est essentiel pour se construire, se projeter, rêver, imaginer...
Il est nécessaire aujourd’hui d’apprendre à remettre des repères tangibles, de l’espace-temps, de la distance avec ses consommations numériques afin de mieux exploiter le numérique : choisir quelles notifications activer, différer les réponses et rester concentré sur les priorités fixées. On n’est pas obligé de répondre aux sollicitations. Il faut prendre conscience que l’on peut ne pas consulter nos notifications, que l’on peut se déconnecter. Ne pas répondre tout de suite ne veut pas dire que l’on fait la tête ! On peut réapprendre à s’ennuyer. Il faut prendre conscience que « nous sommes humains, limités et mortels face à des outils illimités et immortels ! »

Autour des réseaux sociaux
Internet est un espace d’échanges et de créativité. La communication numérique permet une communication à l’autre bout du monde. Elle permet de s’informer, de se rencontrer, de collaborer, tout en nous rendant immortels (par les traces que l’on laisse). Internet offre une ouverture vers d’autres cultures. Il permet selon les pratiques, de partager, rompre l’isolement social, de développer des compétences, la curiosité.

Facebook est en baisse en termes d’utilisation (En 2013, 85% des jeunes de 13 à 19 ans avaient un compte Facebook contre 78% en 2015). Aujourd’hui les jeunes sont surtout sur Messenger Facebook plus que sur l’application, devenue un agrégateur de contenus afin de suivre les actualités. Si un jeune accepte ses parents, grands-parents… sur son compte Facebook c’est qu’il se sert d’autres réseaux sociaux. L’utilisation de Twitter, où l’information est noyée, est en hausse - surtout chez les garçons. 8% des jeunes de 13 à 19 ans avaient un compte Twitter en 2013 et 25% en 2015. 70% des collégiens avaient un compte Facebook et Snapchat en 2015. Instagram, Youtube et Snapchat sont désormais les réseaux les plus massivement utilisés par les jeunes à l’ère de l’image, du partage de photos et de vidéos.

Facebook n’a pas rendu l’humain narcissique… Ce dernier l’a toujours été. C’est la technologie qui permet aujourd’hui de se prendre en photo. En publiant nos images sur Internet, on projette des petits bouts que l’on souhaite montrer de nous, à travers des identités numériques idéalisées.

S’ouvrir aux pratiques numériques des jeunes, les accompagner
La rue comporte des risques et avoir les enfants à l’intérieur rassurent les parents. Or, avec Internet, il n’y a aucune frontière, aucune spatialisation. Ce qu’il est important d’apprendre à un jeune c’est à prioriser, à hiérarchiser ce qu’il trouve sur Internet. Les jeunes savent cliquer mais ne savent pas toujours se repérer dans tout ça. L’adulte a appris à se référer à une première source.
Les jeunes adorent apprendre mais pas forcément ce qu’on leur demande d’apprendre !
Pour faire parler le jeune, c’est plus simple de se retrouver sur quelque chose d’horizontal. Les jeunes considèrent que le savoir est sur Internet. Par contre, ils ont besoin de notre esprit critique, de repères, d’accompagnement.

Internet est un espace d’échange et de créativité. En effet, il permet beaucoup d’apprentissages. Les jeunes adorent créer, produire (comme des vidéos par exemple) et ils apprennent beaucoup de choses parce qu’ils vont sur Internet. En allant s’intéresser à ce que les jeunes font sur Internet on va lever des barrières. Le jeune va être content d’expliquer ce qu’il fait ? A nous de voir que ce qu’il fait n’est pas idiot !
Faire des débuts de stories sur Snapchat, c’est un début de co-construction intergénérationnelle. Il y a un travail des compétences numériques. Ensemble, les jeunes aiment co-construire et ont l’habitude d’échanger, de travailler.

Mais les jeunes n’ont pas conscience des risques éventuels que ce qu’ils postent aujourd’hui pourra porter à conséquence dans 10 ans. Interdire au jeune c’est prendre le risque de susciter l’envie et de créer la posture inverse. Mieux vaut accompagner, regarder ensemble des extraits de leurs vidéos préférées ou des jeux qu’ils souhaitent acheter. La meilleure prévention, c’est de créer avec eux, de faire ensemble, de co-construire tout en aiguisant leur esprit critique et en faisant des liens entre les compétences et connaissances numériques et la réalité.

Réseaux sociaux : de l’usage des parents
Pour tout ce que l’on fait sur Internet, il y a des risques comme dans la "vraie vie". On accompagne les jeunes dans la réalité car nous avons conscience de certains dangers. Avoir conscience des risques potentiels d’Internet, c’est aider les jeunes à mieux se protéger. Une mise en garde est à porter au partage de photos de leurs enfants par les parents. La prévention commence dès le plus jeune âge. Parents et grands-parents doivent se questionner s’il est important de mettre telle ou telle information, image de son enfant, petit-enfant... Des réseaux sociaux possèdent à 50% toutes les photos postées sur leurs sites. Chacun crée sa propre publicité. Quand un enfant naît : tout le monde le sait. En postant ces infos sur Facebook par exemple… on empêche un bébé d’être anonyme plus tard. Parmi les aménagements que l’on peut faire en pensant à la mise en ligne de photos :
-  Mettre les enfants à contribution pour une mise en scène de dos… Poser la question à l’enfant s’il veut bien être pris en photo.
-  Baisser la résolution de nos photos postées afin d’éviter la reconnaissance faciale…
Il faut faire prendre conscience que l’on ne fait pas n’importe quoi avec les photos et encore moins avec les photos de ses enfants que l’on se doit de protéger, même s’ils sont trop mignons couverts de chocolat.

Les enfants consomment des images. En tant que parent ou adulte, il ne faut pas fermer les portes. Face à tout ce qui existe sur Internet, on trouvera toujours quelque chose qui nous parlera, plus en accord avec les valeurs que l’on a ; ou, en tout cas, qui nous mettra moins en désaccord. L’adulte peut proposer des contenus pertinents pour chaque âge et mener autant que possible vers des usages responsables.

Le virtuel n’existe pas. Il faut être vigilant sur Internet comme dans la vie réelle.
Le rôle de l’adulte tournera autour de ces questions « Qu’est-ce que je vois que l’enfant ne voit pas ? », « Comment il progresse ? », « Comment il comprend et apprend ? ». Dès lors, le champ des possibles s’ouvre…

Article préparé à partir de la conférence du 15 mars 2017 à Brest
Source des chiffres : Junior Connect/Ipsos (avril 2015)

S’informer sur les réseaux sociaux

Vous ne savez pas ce que sont Snapchat, Instagram, Twitter, Facebook… Pour s’informer sur les réseaux sociaux : http://www.internetsanscrainte.fr/s...

Suggestions pour les jeunes
Voici quelques outils qui permettent d’être en complémentarité avec l’école…
Au lieu d’interdire aux jeunes : on cadre, on canalise.

Vidéos

Jeux indépendants

  • Monument valley, jeu vidéo de réflexion
  • Storm
  • Braid
  • Fez
  • Botanicula

Applications

  • Atomas – jouer avec le tableau périodique
  • Pl@ntanet – jouer à reconnaître les plantes
  • Star walk – pour apprendre les étoiles et les constellations
  • Documentaire interactif : Do not track en 6 chapitres. Série documentaire personnalisée consacrée à la vie privée et à l’économie du Web https://donottrack-doc.com/fr