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Parents et enfants aux fourneaux : de la complicité dans l’air

Publié le : lundi 29 juillet 2013

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Cuisiner avec son enfant est l’occasion de partager un moment riche en complicité avec lui. Pourquoi ne pas s’y essayer à l’occasion de mardi gras, d’un dîner entre amis où les enfants s’occuperaient du repas des plus jeunes ou bien encore pour leur propre fête d’anniversaire avec leurs copains ?

Tout commence par le choix de la recette. Rien ne sert d’être trop ambitieux. Une recette simple, adaptée à l’âge de l’enfant est la clé de la réussite. Cela se poursuit au moment des courses où la mission du ou des enfants peut être de ramener ce qui se trouve sur la liste. Dans la cuisine, il s’agira de répartir les rôles selon le nombre d’enfants, leur âge. La recette menée à bien, il faut encore ranger, faire la vaisselle, patienter le temps de la cuisson ; autant d’occasions d’apprendre et d’expérimenter. La décoration de la table, la mise en scène du repas peuvent être des moments où l’on apprécie de faire plaisir, de servir. Vient alors le temps tant attendu de la dégustation où les compliments et les éloges rendent ce moment inoubliable pour tous. La cuisine est un domaine qui appartient à l’adulte. Se nourrir est une nécessité vitale. C’est aussi une manière de prendre soin de l’autre et ce, dès la naissance. Partager ce moment avec son enfant lui donnera l’occasion de jouer ce rôle maternant. Cuisiner avec son enfant permet d’éveiller le goût, de découvrir comment sont réalisés les plats que l’on trouve sur la table. Tous les sens sont alors en éveil, les papilles sont en action, les odeurs flattent l’odorat et quel plaisir également d’entendre crépiter la poêle. Et que dire encore de l’excitation à malaxer la pâte, la battre, la taper… Quel défouloir ! Quelle surprise de voir se transformer les blancs en neige, de voir la pâte gonfler ! Il s’agit d’expérimenter, de créer, d’inventer avec la fierté de pouvoir dire : « c’est moi qui l’ai fait ! »

Savoir prendre son temps et accepter le désordre
Pour faire la cuisine avec son enfant, il faut être prêt à mettre du désordre, bousculer ses habitudes. Au quotidien, on est souvent pressé. Il s’agit à présent, bien au contraire de prendre le temps, savoir patienter, se mettre au rythme de l’enfant. Il ne faut pas le brusquer, s’écouter mutuellement ; il s’agit d’un travail d’équipe. Avant tout il faut se dire que l’on ne va pas s’y prendre comme d’habitude. Il va y avoir du désordre : la farine va sûrement voler jusqu’à terre, quelques éclats de coquilles ne manqueront pas de tomber dans le plat, les mains seront collantes et dégoulinantes ! - À ce propos n’oubliez pas les tabliers ! - Et tout cela sera l’occasion de grands éclats de rire, de regards entendus plutôt que de fâcheries. Pour que tout cela fonctionne, répétons-le, il ne faut pas être trop ambitieux. Le but n’est pas d’élaborer un menu digne d’un grand chef mais plutôt de partager un moment de détente et de divertissement et d’être fier de réaliser quelque chose ensemble.

Derrière les fourneaux, le parent accompagnera son enfant, l’encouragera quand il le faut. Selon son âge, l’enfant pourra prendre différentes initiatives : lire la recette, mesurer les ingrédients, sortir les ustensiles nécessaires, et même casser les œufs ! Il faut tant que possible laisser le champ ouvert, guider l’enfant juste ce qu’il faut et surtout ne pas tomber dans la facilité de trop rapidement faire à sa place à la moindre difficulté. Aujourd’hui, c’est lui qui porte la toque du chef. Cette expérience est l’occasion de responsabiliser l’enfant en lui confiant des tâches en lui laissant suggérer une façon de s’y prendre. En faisant la cuisine, l’enfant va s’essayer à faire comme les grands, s’approprier les gestes de l’adulte. Il se produit un échange fructueux où l’enfant se rapproche de l’adulte et où l’adulte se revoit également enfant. Devant une tache pas toujours facile, le parent se montre alors rassurant et partage son expérience : « moi aussi quand j’avais ton âge je trouvais cela difficile. » C’est comme cela que l’on devient adulte. Tout le monde a vécu cela, a été petit, a fait des erreurs, a appris comment faire.

Et surtout on se souvient de la tarte aux fraises de Tante Madeleine, des vacances avec les cousins… de Mamie qui faisait lécher la cuillère pleine de mousse au chocolat et voilà la machine à remonter le temps en route et le voyage dans les souvenirs qui commence. Au-delà de l’apprentissage, ce sont les notions de transmission, de filiation qui sont en jeu. Bien sûr, on peut transmettre des astuces, des tours de main et aussi des recettes de famille. Quel plaisir et quelle fierté de pouvoir encore partager avec les siens « le rôti rose de Mamie ». Une telle recette, celle du repas de famille dominical est devenue la marque de fabrique de la famille. Elle devient, on pourrait dire, la signature de l’identité familiale. Un morceau de rôti en bouche et ce sont les souvenirs qui reviennent à la mémoire. Les racines familiales peuvent être profondément ancrées dans certaines recettes. Imaginez avec quel pincement au cœur les bretons loin de leur Bretagne natale partageront un bon et copieux kig a farz. Réaliser une recette de ses aïeux venant d’un autre pays ou d’une autre région replonge l’enfant et ses parents dans leurs racines et soudent les liens familiaux par ce sentiment d’appartenance à un clan, une famille. Réaliser une recette aussi chargée sentimentalement et émotionnellement ouvre une fenêtre sur soi-même et permet à l’enfant de redécouvrir ses parents qui ont peut-être vécu ailleurs un moment de leur vie.

Partager, s’écouter, transmettre, témoigner, se souvenir
Cuisiner avec son ou ses enfants c’est partager, s’écouter, transmettre, témoigner, se souvenir. « Quels enjeux ! » me direz-vous. Mais rassurez-vous ! Il suffit de se détendre, de prendre le temps, de mettre la main à la pâte et le reste viendra tout seul. Essayez vous-même. Vous serez étonnés et surtout faites-le savoir autour de vous.

C’est aussi à partir de ces expériences que des ateliers cuisine parents enfants sont apparus. Lieux de rencontre, de discussion entre parents, parfois isolés, c’est aussi le moment pour partager des trucs de cuisine ou son vécu de parent. Les enfants ne sont pas en reste et font connaissance avec d’autres, ce qui permet à chacun, parent et enfant, d’avoir son espace tout en étant ensemble dans un même projet. On voit ainsi comment font les autres, ce qu’ils laissent faire à leur enfant. On s’interroge sur sa manière de faire avec ses propres enfants ; et tout cela sans s’en rendre vraiment compte, juste en étant ensemble dans la même expérience. Tout cela est très riche pour la dynamique familiale.

C. Bouakkaz Pédopsychiatre.